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ISSN 2271-3905
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Il y a quelques jours j’ai écouté un collègue faire le compte-rendu du CES à Las Vegas, il rapportait que désormais « tout le monde » était bien d’accord sur le fait que les problèmes des infrastructures étaient réglés et qu’il n’y avait plus à se préoccuper que des contenus. Ce collègue est éminemment sérieux, la fidélité de son compte-rendu est assurée, et je ne doute pas un seul instant de l’établissement général de cette conviction. Simplement, cette touchante unanimité ne garantit pas la véracité de son énoncé.

Les infrastructures sous-jacentes à la société informationnelle d’aujourd’hui dépendent, conformément au paradigme de l’iconomie, d’une ou deux usines, l’une située sur une île à 160 km d’un pays d’1 milliard 400 millions d’habitants qui ne fait aucun mystère de son projet de l’envahir bientôt, l’autre dans un pays dont l’unique voisin terrestre, détenteur de l’arme atomique et de missiles balistiques, annonce lui aussi sa volonté de le conquérir. Si l’un de ces deux événements se produit, adieu Twitter, Facebook, ChatGPT... D’ailleurs nous pouvons d’ores et déjà nous faire une idée de la situation qui adviendrait : lors de la dernière réunion de FRnOG (le « FRench Network Operators Group ») la pénurie de composants consécutive à la crise sanitaire suscitait un début de panique, les fournisseurs de matériels réseau avaient des stocks à zéro. Des industriels achètent des matériels au rebut pour en récupérer les composants électroniques, périmés et vieillis, pour les incorporer à des matériels vendus comme neufs. Et je vous rappelle les fermetures d’usines des principaux constructeurs automobiles.

Le gouvernement américain a demandé à TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) de construire une usine en Arizona, et TSMC a accepté : voilà qui devrait résoudre le problème, me direz-vous. Pas si simple : construire une telle usine prendra trois ou quatre ans au moins, mais de toute façon il n’est même pas possible de commencer la construction, faute de personnels compétents en quantité suffisante. Aux États-Unis. Parce qu’il ne s’agit pas de quelques dizaines d’experts, mais de milliers d’ingénieurs. Ne parlons pas de l’Europe, ce serait trop triste. Bref, je vois là un petit problème non complètement résolu. Et il y en a quelques autres : les enjeux politico-économiques autour des câbles sous-marins qui acheminent la quasi-totalité des flux de données intercontinentaux, l’évolution de l’organisation de l’Internet, l’accès aux matériaux de base, la sécurité des systèmes d’information, etc...

Évidemment, ce qui est ennuyeux avec ces problèmes d’infrastructures, c’est qu’il faut un peu comprendre comment fonctionnent les artefacts qui les supportent, ce qui demande la mobilisation de quelques neurones. Il est moins fatigant de se concentrer sur les bavardages des réseaux sociaux et sur quelques autres activités à faible consommation intellectuelle, et en plus c’est écologique, ça sauve la planète.

Mon père et mon grand-père, de purs littéraires, se faisaient un devoir moral de comprendre les principes de fonctionnement des technologies de leur temps, machine à vapeur, centrale hydroélectrique... Aujourd’hui l’Internet et l’informatique n’en attendent pas moins de nous. Utiliser des technologies que l’on ne comprend pas et que l’on est incapable de produire, c’est la définition même du sous-développement.